L’amour et le Yoga Divin - 1
par Varuna le 21, octobre , 2007 à 8:40

Varuna

photoQu'est ce qui m'amène ici ?: Sadhana et besoin de me lier, quelque soit la forme et les "phases" aux rares individus qui ont vraiment "reconnu" Sri Aurobindo et Mère ( et Satprem...).
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Claude Gérard Sarrazin

Toutes les chansons parlent d’amour, même si les chanteurs et les chanteuses hurlent pour faire connaître leur appétit ou leur peine d’amour.
Encore faudrait-il pouvoir définir le verbe aimer. Il est, en effet, des verbes élastiques qui ne signifient rien. Le verbe sentir en est un; le verbe aimer en est un autre.
Déclarer qu’on aime la pizza, Beethoven ou les yeux bleus, les sous-vêtements de couleur, les films de Laurel et Hardy ou Jésus-Christ, c’est mêler niveaux de langage et acceptions d’un verbe trop usé pour exprimer un concept précis. Quand on dit table, on sait de quoi il retourne; quand on dit aimer, on flotte.
Aussi a-t-on multiplié les synonymes, espérant ainsi préciser ce que l’on entend par aimer. Car on peut aimer un être humain, un paysage, une fleur, un animal, un objet, un bijou, un livre, un climat, une vedette, etc. Nous pouvons choisir parmi les innombrables synonymes de ce verbe élastique:

Adorer, affectionner, apprécier, avoir du goût pour, avoir la passion de, avoir le culte de
avoir un penchant pour, chérir, estimer, goûter, idolâtrer, nouer amitié, préférer, raffoler de, s’adonner à, s’attacher, s’enthousiasmer, s’enticher de, s’éprendre de, se complaire à, se lier,
se livrer à, se plaire à, sympathiser, vénérer…

On peut ajouter, lorsqu’il s’agit d’une philosophe, d’une idée ou d’une œuvre:

se reconnaître dans
s’identifier à

Les dictionnaires fournissent des synonymes mais ne définissent pas:

Éprouver de l’affection, de l’amitié, de la tendresse, de la sympathie pour quelqu’un; avoir du goût pour quelque chose.” (Robert)

Avoir de l’affection, du goût, du penchant pour quelqu’un ou pour quelque chose.” (Larousse).

Avoir de l’inclination pour quelqu’un ou quelque chose. trouver plaisir à quelque chose. Éprouver une inclination qui peut comporter toutes sortes de degrés, depuis un paisible sentiment de sympathie jusqu’à la passion exclusive.”

(Foulquié-St-Jean, Dictionnaire de la langue philosophique, P.U.F, 1969).

Il faudrait sonder l’amour, aller jusqu’aux racines, saisir l’essence de l’amour. Pour ce faire, nous consulterons la Mère; elle parle de l’Amour pour le Divin, mais tout est immédiatement transposable si l’on veut bien garder en mémoire que c’est le psychique (divin) qui soutient l’amour fusion. Les amants incarnant la dualité d’être ne sont plus tout à fait au niveau humain: ils transcendent cette humanité mortelle pour vivre sur un plan psychique, donc divin et immortel.

L’amour fusion ferait fuir les amoureux de l’indépendance. Ne pas être prisonnier, être indépendant n’est-ce pas…

“Je me souviens d’avoir entendu d’un vieux sage occultiste, une belle réponse à quelqu’un qui disait :”Je veux être indépendant ! Je suis un être indépendant ! Je n’existe que quand je suis indépendant !” Et l’autre lui a répondu avec un sourire : “Alors, cela veut dire que vous ne serez aimé de personne, parce que si l’on vous aime, vous devenez immédiatement dépendant de cet amour.”

C’est une belle réponse, parce que c’est justement l’amour qui conduit à l’Unité et que c’est l’Unité qui est l’expression de la vraie liberté. Et, ainsi, ceux qui, au nom de leur droit à la liberté, réclament l’indépendance, tournent le dos complètement à cette vraie liberté, parce qu’ils renient l’amour.”

(La Mère, Entretiens 1957, S.A.A., Pondichéry, 1969, p. 68)

L’amour a ses niveaux d’évolution. Il commence très bas:

“Dans les formes les plus inférieures de la vie, l’amour se transforme en besoin d’avaler, d’absorber, de s’adjoindre à autre chose; ça, c’est la forme la plus primitive de l’amour dans les formes les plus inférieures de la vie. C’est prendre et absorber. Eh ! bien, le besoin de prendre, c’est le désir. [...] C’est l’amour dans sa forme la plus obscure et la plus inconsciente. C’est un besoin de s’adjoindre à quelque chose, une attraction, un besoin de prendre. “

(La Mère, Entretiens 1955, S.A.A., Pondichéry, 1980, p. 42)

Peut-être faut-il regarder plus haut ?

“Je garantis qu’à part la capacité de faire des phrases sur la chose, l’amour des animaux supérieurs comme les mammifères pour leurs enfants est exactement de la même qualité: même dévouement, même oubli de soi, même abnégation, même souci d’éducation, même patience, même… [...]

Et si l’on avait écrit cela en le mettant dans le caractère d’une femme au lieu de le mettre dans une chatte, on aurait fait des romans superbes, les gens auraient dit :”Quel être! comme ces femmes sont merveilleusement dévouées dans leur amour maternel.” [...]

Et cette espèce de don de soi et d’oubli de soi, dès qu’il y a le commencement de l’amour, ça vient. [...] il y a peut-être une pureté plus grande chez les animaux, parce qu’ils ne réfléchissent pas et que chez les être humains, avec leur pouvoir mental, leur capacité de réfléchir, de raisonner, d’analyser, d’étudier, tout ça, ils abîment le plus joli mouvement. Il commencent à calculer, à raisonner, à douter, à organiser. [...]

(La Mère, Entretiens 1954, S.A.A., Pondichéry, 1980, p. 122)

“Un amour entre deux être humains, quel qu’il soit, est toujours fait d’ignorance, d’incompréhension, d’impuissance et de ce terrible sens de la séparation. C’est comme si l’on voulait rentrer dans la présence d’une Splendeur unique et que, la première chose que l’on fasse, c’est de mettre un rideau, deux rideaux, trois rideaux, entre soi et cette Splendeur, et on est très étonné de n’avoir qu’une vague impression et pas du tout la chose elle-même.[...]

Il y a tous ceux qui ne se soucient pas de la Splendeur, qui lui tournent le dos et qui vivent dans leur instinct, qui sont des animaux un petit peu perfectionnés. [...] Il n’y a qu’à les laisser faire ce qu’ils veulent, cela n’a aucune espèce d’importance.”

(Ibid., p. 117)

“Si tu as la conscience d’un animal, tu aimeras comme un animal. Si tu as la conscience d’un homme ordinaire, tu aimeras comme un homme ordinaire. Si tu as la conscience d’un être d’élite, tu aimeras comme un être d’élite, et si tu as la conscience de la divinité, tu aimeras comme la divinité. [...] si, par un effort de progrès et de transformations intérieurs, par aspiration et par développement, on passe d’une conscience à l’autre et que sa conscience devienne de plus en plus vaste, eh! bien, l’amour qu’on éprouvera sera de plus en plus vaste.”

(Ibid., p. 118)

“L’amour, dans son essence, est la joie de l’identité; il trouve son ultime expression dans la félicité de l’union .”

(Ibid., p. 119 et Éducation, S.A.A., Pondichéry, 1981, p. 75)

“D’abord, c’est la joie de l’identité. Il faut déjà quelque chose qui puisse devenir conscience de l’identité, et c’est justement l’amour. Puis vient la manifestation de l’amour. Et, dans sa forme suprême, c’est-à-dire quand il revient à son Origine à travers toutes les histoires de sa manifestation, il devient la félicité de l’union. Parce que le sentiment de l’union vient comme une conséquence du sentiment de séparation. [...]

C’est, d’une part, le pouvoir d’attraction suprême, et de l’autre, le besoin irrésistible du don absolu de soi.”

(La Mère, Entretiens 1953, S.A.A., Pondichéry, 1975, pp. 305-306)

“L’aspiration vraie ne vient pas de la tête; même quand elle se formule par une pensée, elle s’élance comme une flamme du cœur. [...] C’est toujours quelque chose qui s’élance et qui se donne, tandis que le caractère même du désir est de tirer à soi.

La différence essentielle entre l’amour dans l’aspiration et l’amour dans le désir est que l’amour dans l’aspiration se donne entièrement et ne demande rien en échange — il ne réclame pas; tandis que l’amour dans le désir se donne aussi peu que possible, demande autant que possible, il tire à soi et il réclame toujours. [...]

Un sentiment de plénitude, de force de flamme intérieure qui vous remplit. L’aspiration peut vous donner de la joie, une joie très spéciale qui n’a rien d’excité.”

(La Mère, Entretiens 1950-51, S.A.A., Pondichéry, 1967, pp. 174-175)

Descendons provisoirement des hauteurs spirituelles pour passer par une comparaison.

L’aimant

La langue française permet de jouer sur l’homonymie aimant-aimant. Un aimant, au sens courant du terme, est un corps ou une substance qui a reçu ou qui possède la propriété d’attirer le fer. Le terme vient du grec adamas en passant par le latin adamas, métal dur et diamant.

Le terme amant vient du latin amare, aimer; l’amant est celui qui aime et est aimé. Un amant est un être qui aime, donc un aimant (participe présent du verbe aimer), comme on dit un méditant, du verbe méditer.

L’étymologie ne nous permet pas de jouer sur le double sens du nom aimant, mais la réalité outrepasse cette interdiction formelle. Celui qui aime est un aimant. Certes, on ne pourrait se jouer ainsi des mots en anglais (lover et magnet) ni en allemand (Herzliebste et Magnet).

Un aimant (physique) a deux pôles, l’un positif l’autre négatif, mais on peut couper l’aimant en deux, il aura encore deux pôles. Chaque partie de l’aimant est donc double, complète; un aimant “vit” en dualité d’être et on ne peut séparer les deux êtres physiques comme chez les humains. L’amour fusion ressemble à cet aimant, symbole magnifique de la dualité d’être.

Il n’existe pas d’aimant (physique) à un seul pôle; dans l’absolu, il n’existe pas d’humain à un seul pôle: chacun fait partie d’une sphère (selon Platon), d’un aimant, d’une Force.

Les deux pôles de l’aimant ne s’annulent pas l’un l’autre, ils sont complémentaires. L’amour fusion n’éteint pas l’un des deux amants au profit de l’autre: ils restent complémentaires mais aussi indissociables que les deux pôles de l’aimant.

Les couples “artificiels”, c’est-à-dire la majorité des unions, peuvent voir l’annulation d’un des deux amants; mais il ne s’agissait pas d’une dualité d’être; il s’agissait d’une union “contre nature” selon Max Théon, “en désordre”.

Chacun des deux véritables amants est complet en soi, double : il incarne la duelle projection du Seigneur (son psychique) et de la Mère (la kundalini); son corps même exprime la duelle réalité originelle (l’androgynie corporelle). Chacun des amants est l’élément infime de l’aimant à deux pôles dans notre comparaison.

Lorsque le couple en dualité d’être se constitue, chacun des deux amants, complet en soi, complète l’autre: chacun des éléments du moi parle à l’élément correspondant chez l’autre.

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Un commentaire »
par GayatriJeudi 1 novembre 2007 18:22

On peut retrouver une grande partie de cet article ,
dans le livre de Claude-Gérard sarrazin :

” MERE MEERA ou le Cetana - yoga ”
(l’amour p:163)
paru aux Editions de Mortagne, en1983 .

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