Kundalini et Spiritualité
par Jean-Michel le 15, novembre , 2007 à 1:25
Jean-Michel
En tant qu'enseignant de yoga Jean-Michel Jutge a reçu différentes formations. Diplômé de l'école provençale de yoga en France et de l'école "The world community service centre" de Kaya Kalpa yoga en Inde, il a également reçu les enseignements du yoga de l'énergie issus de Lucien Ferrer, du hatha yoga de Désikashar, du Kriya yoga de Babaji, du yoga intégral de Sri Aurobindo et d'autres formes de yogas et spiritualités. Son éveil de kundalini en 1979 constitue le point de départ d'une révolution spirituelle qu'il cherche depuis à partager.Voir plus d'article de Jean-Michel , ou voir son siteWeb
Tout homme possède quelque part au fond de lui cette aspiration à un bonheur de vie, et celle-ci peut s’exprimer de multiples manières, à travers les arts, la vie sociale, religieuse, affective ou autres. En effet, si l’on observe bien, la plupart des activités humaines sont motivées par le fait de trouver une forme de bonheur quelconque tout en évitant le plus possible de souffrir. La médecine tente de faire reculer le seuil de la maladie, de la souffrance et de la mort, la politique tente de nous offrir un système de vie pouvant répondre à notre besoin de sécurité, la science tente de répondre à notre soif de connaissance etc. … Mais face à cette recherche du bonheur existent aussi les instincts les plus meurtriers dans l’homme, vils et corrompus. Ainsi, cette dualité, à différents degrés, est le lot de chacun, et au cours des siècles, d’aussi loin qu’il possède une âme, l’homme a toujours tenté de répondre à cette contradiction à travers une transcendance quelconque, parfois de sa propre aspiration, d’autres fois sous l’impulsion de quelque prophète, envoyé céleste, ou grande figure spirituelle. Ainsi est née la multitude des voies religieuses, spirituelles, ou non-dualistes existantes dans le monde. Mais l’on ne peut comprendre en profondeur ce phénomène si l’on ne comprend la nature de l’homme. Celui-ci possède en effet une double nature. Celle héritée de sa nature animale, qu’il partage en commun avec toutes les espèces de la terre, et si sa conscience est beaucoup plus développée que celle d’un chien ou d’une souris, si elle peut atteindre des sommets laissant loin derrière tout le règne animal, elle n’en est pas moins de même nature, et ne doit ses prouesses que parce qu’il existe en son propre sein une autre qualité, la stimulant et l’exaltant par le génie, une essence divine héritée du temps d’Adam, et toujours présente aujourd’hui, même si elle n’est là qu’en germe et demande à être développée. Il est un fait que la plupart d’entre nous a peu conscience de cette essence, voire pas du tout, si ce n’est à travers quelques rares moments dans notre vie où nous avons pu toucher une forme quelconque d’absolu ; et nous pouvons aussi rencontrer cet absolu dans l’autre, notamment à travers l’amour.
Nous pouvons donc considérer deux formes d’instinct dans l’homme, pour schématiser. Ceux s’exprimant comme une pulsion vitale nous poussant tantôt à détruire, tantôt à construire à travers les peurs et les désirs. Et l’autre comme une aspiration fondamentale de l’être divin cherchant à se développer à travers les méandres d’une personnalité vécue le plus souvent comme un obstacle plutôt que comme une aide à cet épanouissement.
Mais lorsque la personnalité se met à collaborer, à travers une démarche spirituelle par exemple, lorsqu’elle se met à désirer dans le même sens que les aspirations de l’être, il se crée une synergie de notre double nature. Nous posons alors des actes, qui, au lieu d’étouffer de plus en plus notre nature divine jusqu’à parfois l’éteindre, va l’exalter et ainsi lui permettre de se développer toujours plus profondément en nous. Bien comprendre cela, c’est aussi comprendre vers quoi peut nous amener la voie que nous avons choisie, et comment elle peut nous y amener. Bien entendu, ce descriptif rapide de notre nature n’est qu’une base de réflexion et chaque point nécessiterait d’être développé pour en comprendre tous les aspects ; mais sous cet éclairage, nous allons maintenant examiner différentes possibilités de développements intérieurs.
Examinons tout d’abord le processus de la kundalini tel que décrit dans l’article précédent. Celui-ci prend sa source dans le corps physique. Il est un développement de l’énergie traversant d’abord notre nature vitale, puis notre nature psychique (le mot psychique est ici utilisé dans le sens occidental du terme, et non celui donné à ce mot par Sri Aurobindo) pour la dépasser et aller au-delà de la conscience, débouchant alors dans le grand vide. Nous nous mettons alors à exister dans ce grand vide. Cette existence est « Etre » et cet être existe indépendamment de la conscience, du vital et du corps. De par ce processus, l’essence divine est réalisée et nous ne pouvons plus nous tromper sur notre nature profonde. Toutefois, ce processus d’énergie n’a fait que traverser les différents aspects de nous-mêmes et s’il les a par cela même relié entre eux, s’il a introduit une nouvelle donnée dans l’être humain, une essence divine active constituant le nouveau centre, il n’a pas obligatoirement pour cela mis fin au chaos régnant au sein de la conscience, du vital ou du corps physique. Nous pouvons nous interroger sur ce paradoxe. Comment se fait-il que l’essence divine, une fois réalisée, ne perfectionne pas spontanément les autres aspects humains ? Sans répondre directement à cette question nous ferons néanmoins quelques observations : tout d’abord, cette essence se réalise hors du temps créant alors une présence dans l’instant, faisant apparaitre cet instant comme l’unique réalité, alors que les autres systèmes, corps, vital et conscience continuent à vivre dans leur temps propre. Deuxième point, réalisé pour ce qu’il est, cet être possède l’intelligence et la créativité héritées de la vie que nous avons eue jusque-là. C’est-à-dire que cette intelligence et créativité sont personnalisées, donc limitées, même si ce personnel est né de la rencontre avec l’impersonnel, lorsque la kundalini débouche au dessus de la tête. Il s’agit donc bien de la réalisation de l’âme, l’atman et non de l’être divin total et universel, celui que nous appelons Dieu, Paramatman, même si la nature de l’un est à l’image de la nature de l’autre. Ceci explique donc cela. Le processus de la kundalini est un processus de réalisation intéressant du fait qu’il nous fait découvrir notre essence divine individuelle mais limité à cela. Notons toutefois qu’une porte est ouverte nous rendant sensible à l’Etre Divin où qu’il soit.
Comparons maintenant ce processus avec la voie bouddhiste, non dualiste. Nous aurions tord de rapprocher les deux voies au point de les confondre, car les processus de réalisation sont totalement différents. Nous ne ferons pas référence aux détails des différentes voies bouddhistes à travers le monde, car elles sont nombreuses et présentent chacune des caractéristiques propres, nous ferons plutôt référence à l’esprit d’Eveil rattaché au Bouddha. Tout d’abord la plupart des voies bouddhistes ne parlent pas d’essence divine. Elles peuvent même se passer totalement de celle-ci. De la même manière elle ne font ni référence à un Dieu créateur ni référence à une âme. En fait, ceci s’explique très bien du fait que l’éveil bouddhiste est un éveil de l’esprit et non un éveil de l’être. Non pas que l’être et ses qualités, amour, compassion et autres, ne soient pas mis à contribution dès le départ, mais l’accent est mis, en tant que ligne directrice, sur l’unité de la conscience dans la vacuité et la cessation des perturbations au sein de l’esprit et du vital.
Ceci pouvant déboucher sur cela, et l’évolution humaine pouvant être infinie, on peut penser qu’au-delà de ce premier stade de réalisation, l’être trouve alors le champ libre pour poursuivre son propre développement, et l’Eveil peut très bien déboucher à plus ou moins long terme sur la découverte du Divin.
Ainsi, et de la même manière, un éveil de kundalini peut très bien se prolonger ultérieurement, à travers l’intelligence, la créativité et l’amour de l’être, vers un état d’unité de la conscience ou de découverte de la nature de l’esprit.
Observons maintenant la voie chrétienne. Comme précédemment, je ne me rattache pas ici à un aspect de la religion chrétienne en particulier mais plutôt à une voie Christique telle qu’elle pourrait être dans son essence, voie de transfiguration par excellence. Le chrétien, en se reliant au Christ, cherche à se relier à Dieu. Par cela même, il fait naitre en son propre cœur l’amour divin qui lui fera vivre un processus de mort et de renaissance à l’image de ce qu’a vécu Jésus lorsqu’il est mort sur la croix et ressuscité. Ce développement du cœur constitue donc un développement de l’être et, pour celui qui réalise cette source, le Christ dans l’homme, un flux intarissable de lumière, d’amour et de forces de transfiguration le mènera progressivement à une unité du corps de l’âme et de l’esprit, tout en l’amenant à partager cette grâce par son amour propre avec les autres individus. Tout en étant la réalisation de l’essence divine, il ne s’agit plus ici de notre essence individuelle comme dans le cas de la kundalini mais de celle d’un être ascensionné, Jésus-Christ, lui-même en unité corps âme et esprit avec son Créateur. En se reliant à cet être universel, nous nous relions ainsi à travers lui au créateur en tant que Christ. Si un tel développement n’est pas orienté vers l’unité de la conscience, il l’inclut toutefois et va même plus loin puisqu’il propose une unité entre l’esprit, le corps et l’âme vers une transcendance incluant tous les aspects humains, appelée transfiguration.
Dans le domaine du yoga, bien peu ont visé aussi loin. Le grand yogi Sri Aurobindo et à sa suite la Mère en sont toutefois un exemple. À travers la force Supramentale, l’une des multiples formes d’expression de l’amour du Divin, c’est la vie divine sur terre, au sein du corps, de la conscience et de l’être qu’ils ont cherché à réaliser, et cela à long terme pour toute l’humanité. Sans être un processus Christique, le processus du Supramental part néanmoins d’une source divine absolue, pénètre et transforme la conscience jusqu’à la réalisation de l’être personnel qu’ils ont appelé “le psychique”, réalisation se poursuivant au-delà dans le vital et le corps physique.
Si la Mère et Sri Aurobindo ne sont pas allés jusqu’au bout de leur transformation physique, ce qu’ils ont amené à l’humanité n’en est pas moins capital. En effet, grâce à eux existe une porte ouverte à travers laquelle les forces Supramentales s’écoulent sur la terre, notamment sur le lieu de leur résidence à Pondicherry, agissant ainsi sur la lente évolution de l’humanité. Par ailleurs, tout être humain se rendant sur ce lieu peut bénéficier directement de la présence de ces forces et participer plus directement à cette œuvre de changement.
Et ici nous sommes amenés à nous poser cette question : au-delà de tous ces processus de développements possibles, et cette liste n’est pas exhaustive, y a-t-il un plan particulier pour l’être humain voulu par une intelligence, une conscience, un être qui nous transcende, un absolu divin ; et dans ce cas, pourquoi cette multiplicité de possibilités, et pourtant si peu présente dans nos vies. Ce contraste, entre toutes les grâces, toutes les possibilités d’évolution pour l’être humain, et le peu d’attention ou de valeur que nous leur accordons est quelque chose de flagrant. Peu se donnent la peine d’une recherche authentique. Nous choisissons bien trop souvent le conflit, le dogmatisme, l’isolement pour régler nos problèmes, au lieu du partage, de l’écoute, de l’amour, et l’humanité pour sa grande part souffre encore de mille maux, jusqu’à parfois l’horreur. Je tenais à préciser ce fait, car ce que nous faisons ici et aujourd’hui peut conditionner ce qui se passera ailleurs et demain, et toutes les grâces et possibilités d’évolution ne suffiront jamais à changer l’homme si lui-même, de sa propre intention et dans sa liberté, ne choisit pas de répondre aux aspirations légitimes de son être.
Jean-Michel Jutge (Copyright 1999 - 2007)
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