Souffrir intelligemment
par Varuna le 9, janvier , 2008 à 14:30
Varuna
Qu'est ce qui m'amène ici ?:
Sadhana et besoin de me lier, quelque soit la forme et les "phases" aux rares individus qui ont vraiment "reconnu" Sri Aurobindo et Mère ( et Satprem...).Voir plus d'article de Varuna , ou voir son siteWeb
Courriel du 11 Décembre 2007 - Natarajan ( Supramental.fr )
Quelques personnes m’écrivent et ont le courage de m’avouer qu’elles souffrent. La seule chose que l’on sache vraiment sur la souffrance, c’est qu’on ne l’a pas demandée. Vous vous rendez-compte de ce qu’elle se permet la souffrance!Elle s’invite! Reprenons tout depuis le début. La souffrance, c’est quelque chose qui se présente alors qu’on ne cherche pas du tout, mais pas du tout, à la rencontrer. C’est une mauvaise surprise. Bien. Ne vous-est-il jamais arrivé de vivre des choses que vous n’attendiez pas et qui ont été merveilleuses, aussi merveilleuses qu’inattendues? Je ne sais pas, moi, une rencontre amoureuse qui n’aurait jamais dû se produire, un livre qui vous tombe par hasard dans les mains et vous procure une prise de conscience magistrale, cette émission attrapée en zappant et qui soudain vous fait vivre un divertissement riche et plein, qui vous manquait. Ou alors ces moments de grâce qui parviennent de je ne sais où, que vous ne recherchiez même pas, et qui débarquent à l’improviste…
Croyez-vous qu’il soit raisonnable de considérer la chance comme un dû, et de s’insurger contre toutes les manifestations inattendues et soi-disant préjudiciables que la vie nous soumet? Si nous acceptons l’imprévu merveilleux, au nom de quoi refuser l’imprévu désobligeant?
L’imprévu n’est-il pas l’imprévu, comme la journée entière comprend la nuit et le jour?
Okay, mettez la souffrance à la porte, supposons que vous y parveniez, je ne donne pas cher alors de votre « chance », et j’irai même jusqu’à me complaire à imaginer que l’imprévu, pour vous, ne sera plus jamais merveilleux, riche d’enseignements, profondément révélateur. En tout cas, c’est ce que je vois: Des gens qui ne souffrent plus, qui ont rétrogradé, grâce à une persévérance toute saturnienne, jusqu’au stade du rhinocéros moyen, eh bien, question insights, illuminations, dilatations fusionnelles dans les fréquences divines, ça se pose là…Avec l’invulnérabilité, est arrivée aussi, dans le même paquet-cadeau, l’insensibilité totale à l’âme du jour, à la réceptivité vraie (celle qui ne se contente pas de juste se refléter, mais qui s’élargit sans cesse à capter de nouveaux flux vibratoires), et le gain me paraît alors minable: on ne souffre plus, d’accord, mais l’anesthésie générale qu’on s’est infligée a totalement émoussé les facultés des antennes, disons plutôt de l’aura, qui vit en circuit fermé.
Faut-il pour autant cultiver la souffrance pour parvenir à de meilleurs résultats dans la réceptivité? Eh bien, non, ce serait trop facile. D’abord ce serait un calcul, et plus empiriquement, je ne sache pas que les fakirs soient nécessairement des maîtres spirituels.
Et puis il y a la grave question du résultat. On en a parlé dans les journaux, à l’époque…Cet homme qui est resté le bras tendu vers le haut pendant douze ans, en Inde of course, pour parvenir à l’illumination, et qui n’y est pas parvenu…Maintenant son bras ne bouge plus, il reste paralysé, dans le sens obligatoire du ciel. Va-t-il recommencer avec le bras qui lui reste? Peut-être que Dieu, dans sa compassion infinie, lui donnera-t-il l’illumination au bout de six ans seulement, jour pour jour, pour récompenser la persévérance?
Je sais, ce n’est pas drôle du tout, et bien que je récuse le moyen et la forme, je doute que cet homme soit n’importe qui.
L’idée d’en rajouter pour s’immuniser est quand même dangereuse, et le masochisme tend la perche aux âmes fortes qui veulent utiliser la souffrance comme un marche pied.
Quand elle s’absente, ils sont un peu surpris, ça les gêne, ils perdent leurs bonnes habitudes, heureusement, Saturne veille, encore lui, et ils pensent à mettre des cailloux dans leurs chaussures pour mieux profiter de la longue promenade.
Ne nous égarons pas hors sujet, la question est grave, que je sache, c’est celle de la souffrance, qui rappelons-le, s’invite. Quel culot!Que voulez-vous que je vous dise, que moi-même je n’ai pas souffert, et que je ne peux pas « comprendre »… Ce serait une hypothèse gratuite, car la raison majeure pour laquelle je ne mets pas mon jourrnal en ligne, c’est pour vous épargner, jsutement, enfin aux âmes douillettes, de voir que le yoga supramental déborde à ras bord de souffrances, heureusement proportionées aux états célestes, lumineux, divins ans so on, mais elle peut être là, et même s’acharner.
Donc, la souffrance, oui, nous connaissons, bien sûr, c’est étrange d’ailleurs l’euphorie qui suit sa disparition, et que bien des humains ne savent ni apprécier, ni prolonger. Moi, je fête toujours ça, sa fuite, et je le fête tellement bien que l’idée qu’elle revienne ne me dérange plus….Je sais que je ferai une fête encore plus somptueuse après sa prochaine attaque. Je suis né « mordu de l’existence », contrairement à Satprem qui ne s’en est jamais contentée. J’ai toujours trouvé cela tellement extraordinaire de vivre avec ce logiciel du moi qui perçoit et se pose des questions, que j’ai pensé que c’était possible d’abolir la souffrance, non seulement pour moi, mais pour l’humanité entière. Je me suis mis à cette tâche très jeune.
Je ne supportais pas de voir d’un côté la merveille de la vie, sentir, respirer, voir, entendre, imaginer, comprendre, aimer, et de l’autre l’ignominie humaine. Cela m’a torturé, quand je ne me laissais pas aller à percevoir, c’est-à-dire rarement mais régulièrement, qu’il y ait une telle contradiction sur la Terre…De fil en aiguille, le chemin s’est ouvert…Et la souffrance est devenue une sorte de compagne souvent très docile, « elle s’écrase souvent », mais quand même suffisamment forte pour me terrasser quand elle le souhaite.
C’est ce que j’appelle « les trous de souris ».
Jésus parlait du chas de l’aiguille….
La seule vraie question est celle-ci: si nous souffrons intelligemment, est-il possible de progresser sur le chemin de la non-souffrance? Peut-on inclure la souffrance dans le développement évolutif qui tend à l’ananda, la plénitude? Je suis catégorique: oui.
Premièrement, la souffrance cherche à nous intimider, c’est ce que j’appelle « la peur de la peur », et qui est bien pire que la peur elle-même. La peur véritable a le mérite, comme toutes les identifications, de s’appuyer sur un objet. La peur de la peur se mord la queue, et l’idée de « l ‘obstacle à souffrir », non seulement renchérit quand la chose se présente, mais parfois va le chercher. La peur de la peur part à la pêche de ce qui va enfin légitimer son élan. C’est amusant pour un psychologue, moins pour celui qui vit cela.
C’est le jour où ça ne va pas qu’on prend pour un serpent, à la tombée de la nuit, un cordage oublié. La souffrance intelligente, déjà, se débarrasse de la peur de souffrir, qui empêche son usage transcendantal. Quand il ne reste que la vraie souffrance, elle est prise pour ce qu’elle est. Un empêchement. Ni plus ni moins. Et voir ce qu’elle empêche montre ce que l’on souhaite obtenir. C’est donc, avec le plaisir son opposé, le moyen évolutif le plus efficace pour s’ancrer dans la Manisfestation, et leur jeu, leur réciprocité, permet de sans cesse transformer ses propres mobiles, les sources de ses satisfactions, et les moyens de les obtenir.
« Méfie-toi d’un homme qui n’a jamais souffert », nous dit sri Aurobindo, dans un de ses aphorismes. Il n’explicite pas. Cela implique certainement, premièrement, qu’il a souffert lui-même, deuxièmement qu’il en a tiré parti. Bien sûr, il ne s’en est jamais vanté, et c’est Mère qui le rappelle, après son « départ », dans les années cinquante. Il insiste même tellement sur l’ananda, qu’il s’agit là, pour le mental, d’un paradoxe. En fait, comme le supamental récupère aboslument tout dans son intelligence infinie, il est indubitable que Sri Aurobindo ait trouvé son « emploi », c’est-à-dire son utilité, en tout cas pour lui-même, car il ne s’agit plus de la justifier par principe. Gautama s’y était déjà attelé, de belle manière, et je suis certain de ne pas le trahir en résumant sa vision: de toute façon, la souffrance est là, de par notre condition, alors on l’accepte, on la regarde, et l’on a une chance de s’en sortir, ou alors on la refuse, on vit en surface, et elle vient nous surprendre quand elle veut, sans qu’elle soit jamais éradiquée.
Bouddha a eu l’audace de fonder la souffrance comme le produit naturel de l’ignorance. Autrement dit, tu n’as pas choisi de souffrir, mais tu peux choisir de t’en affranchir.
À ceux qui se plaignent de souffrir, je leur dirai: « comment combattre un ennemi que l’on ne connaît pas? ».
Nous combattons tous la souffrance, dès que nous sommes sincèrement établis dans la Voie (qu’on m’épargne de nommer les différents itinéraires, d’autant que chaque jour davantage le Divin oblige à trouver sa propre voie), et nous le faisons pour nous, et pour la TERRE, qui part en brioche. Que la souffrance cherche parfois à s’acharner sur les meilleurs, c’est normal. Les meilleurs veulent sa mort, elle se défend la bougresse. Alors bienvenue à la souffrance.
Ce n’est même pas la peine de l’appeler, elle s’invite.
Et puis un jour, de fil en aiguille, la souffrance, même si elle est là, même si elle nous épie, prête à bondir, un jour, même présente, elle ne fait plus mal. Le Divin est capable de tout.
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