J’ai même rencontré‚ des Auroviliens heureux !
par Kalki le 14, août , 2008 à 22:46
” J’ai même rencontré‚ des Auroviliens heureux ! “
” Ah oui ? Où ça ???
” A Madras, ils prenaient l’avion, ils repartaient !!! “ Non. Je plaisante. L’histoire que je veux raconter est beaucoup plus…
Voilà…. Cela remonte … à la fin du XX ème siècle.
Le père de mon père avait tout juste neuf ans, une jolie frimousse, un sacré‚ culot, des culottes courtes, une petite amie surnommée Poupine et une grand-mère bretonne qui habitait un village - breton - d’une centaine d’habitants l’hivers. C’est dans ce village et chez cette grand-mère qu’il passait - mon grand-père -, ses vacances d’été. Seulement voilà, sa grand-mère à mon grand-père était une vilaine fée carabosse très sévère et très méchante qui faisait beaucoup de misère à mon grand-père, son petit-fils de neuf ans.
” Lorsque t’auras fini de ramasser le bois mort, t’iras me chercher, un gros cul de tabac gris ! ” Ordonna-t-elle en lui donnant une sale pièce de un franc nouveau et une taloche sur le haut du crâne, juste derrière les oreilles, là où cela fait bien mal. “ Et surtout traîne pas en route, vilain garçon qu’on fera jamais rien de toi, bandit chenapan de chemise aussi sale que la pièce qu’un jour on jouera peut-être et encore pas sûr si on a le temps !!! “
Petit Pierre, petit Pierre puisque c’était lui, enfonça la pièce de un franc nouveau dans sa poche, sa casquette sur sa tête, se dépêcha de finir de ramasser tout le fichu maudit bois mort, passa quérir son amie Poupine et courut jusqu’à l’épicerie du village sise à l’époque de laquelle je cause derrière l’église pas encore démolie. Pierre et Jeannette - Poupine n’était que son surnom - aimaient bien aller faire des courses dans cette boutique qui fleurait bon la quiétude et où il y avait tant et tant de jolies choses à voir. Et puis, en vérité je vous le dis, la dame qui s’occupait de cette épicerie en question était très très gentille. Tantôt elle vous donnait un caramel, tantôt un sourire. Et les enfants pourtant si gourmands étaient encore plus friands de ses sourires que de ses caramels si bons et si doux lorsqu’ils fondaient dans la bouche. Le coeur en fête, ils poussèrent la porte de la petite boutique de derrière l’église pas encore démolie. Drelin ding dreling, tintinnabula la clochette cloutée en haut de la porte vitrée. Ils entrèrent, échangèrent un bonjour contre un sourire et commencèrent à regarder tout ce qu’il y avait dans la caverne. Mon Dieu, ce qu’il y en avait des choses ! Des trésors de bonnes choses…
Au bout d’environ en heure, Jeannette, du coude, rappela à Pierre ce qu’ils étaient venus faire à l’épicerie et Pierre tendit sa pièce de un franc nouveau à la dame mais, à la place d’un gros paquet de tabac gris, un peu dans les nuages, il demanda: ” …P’tite Mère, on voudrait… On voudrait… un gros paquet de bonheur…”
Alors, la Dame qui ne disait jamais non, hocha par trois fois la tête en souriant et regarda bien fort les deux enfants.
- …Oui vraiment ?
Comme Pierre et Jeannette semblaient décidés, elle leur fit signe de la suivre. Ils passèrent dans l’arrière boutique. Elle écarta une tenture d’un léger tissu orange et découvrit un passage secret. Ils suivirent un long couloir, montèrent un escalier et arrivèrent devant une porte en bois de rose. Jeannette et Pierre avaient un peu peur mais ils se gardèrent bien de le montrer. La Dame, en souriant sortit une clef d’argent de sa grande robe, l’enfonça dans l’énorme serrure et…
La porte en bois de rose s’ouvrit.
Doucement.
Très doucement.
Sans faire de bruit.
Pierre et Jeannette firent quelques pas en avant. Au loin, loin devant eux, brillait un rayon d’azur comme un disque de lumière. Le sol était sableux et il faisait assez chaud. Ils sentirent derrière eux la porte se refermer mais avancèrent encore.
Le chemin sableux s’enfonçait à travers des horizons sans fins de terres rouges. De loin en loin, poussaient des palmiers et des chèvres s’égaillaient au-delà des canyons. Pierre enleva sa chemise et Jeannette balança ses souliers devenus inutiles. Il faisait vraiment très chaud dans ce pays à la noix de coco!
Des palmiers, de la terre rouge, un ciel bleu, du soleil. Des tombereaux de soleil.
Et rien d’autre.
Ou plutôt si, bien AUTRE CHOSE encore.
Ils continuèrent d’avancer. Ils avaient vingt ans et un espoir fou. Ils avançaient toujours, vers là-bas où leurs rêves devaient être plus vrais.
Plus vrais qu’ailleurs puisque plus fous.
Près d’un banian aux troncs multiples, ils s’arrêtèrent. Il y avait, à cette époque et pas loin de ce banian, un grand trou. Un immense Truth* Vérité. Immense. Immense comme l’amour que leur avait donné‚ la vieille Dame un jour d’été, pendant les vacances, dans l’épicerie d’un petit village de Bretagne. Alors ils surent qu’ils…
………………………………………………………………………………..
Pierre et Jeannette, bien sûr, je ne vous dirai pas leurs noms. D’ailleurs, il ne s’appelle plus Pierre et elle ne s’appelle plus Jeannette. Moi-même, je ne sais plus comment ils s’appellent.
Non. Ce que je voulais dire, en fait, c’est que j’ai même rencontré‚ des Auroviliens heureux.
Oui, dans un aéroport, à Paris, mais ceux-là… ils prenaient l’avion,
pour Auroville,
En Inde.
* Truth, se prononce trou et, en anglais signifie Vérité
Ecrit dans les années 70…
Kalki
Oh ! MERCI ! mille merci pour cette MERVEILLEUSE histoire Kalki !
Qui d’autre que toi peut mieux comprendre ?….Elle arrive bien à propos ton histoire !….
Je transmets ce message d’Amour et de soutien !….Puisse-t-il être reçu dans la lumière et dans la joie !
J’aime ta candeur poétique ! continue à nous en abreuver ! Elle est si fraîche !….
Gayatri
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Vécu longtemps à Auroville.