Témoignage supramental ( 1 )
par Varuna le 10, mars , 2008 à 3:29

Varuna

photoQu'est ce qui m'amène ici ?: Sadhana et besoin de me lier, quelque soit la forme et les "phases" aux rares individus qui ont vraiment "reconnu" Sri Aurobindo et Mère ( et Satprem...).
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(1) Lettres de Natarajan ( courriels, supramental.fr ) - A propos de Satprem -

J’ajoute mon grain de sel sur Satprem, après avoir été abasourdi quelques mois par le témoignage de Luc Venet. J’ai réfléchi, passé en revue mon passé, pesé mes responsabilités en tant qu’être convaincu d’être en contact avec le Supramental, tout ça à seule fin d’ouvrir des pistes, puisque je ne suis pas capable d’en fermer, me considérant comme le thuriféraire suprême de la liberté individuelle. C’est elle qui peut mener à une soumission consentie, qui collabore mieux avec le Divin que les soumissions de surface, obligatoires, au nom du devoir, du dharma, etc… Et qui font machine arrière aux premiers obstacles conséquents. Voilà, c’est fait, j’ai touché à Satprem, c’est un crime de lèse-majesté pour certains, l’expression de ma liberté pour d’autres. Il y aura donc toujours deux camps, celui des hommes libres qui disent ce qu’ils pensent, et celui des esclaves qui décrètent les tabous et les interdits, et censurent, avant de torturer.

Les uns comme les autres croient bien faire, ce qui génère conflits, dissensions, et parfois luttes. C’est néanmoins la stratégie du Divin qui autorise chaque être à défendre ses valeurs, quitte à ce que la guerre des valeurs soit une croisade éternelle, qui ne mène à rien. Voilà pourquoi de grands bouleversements sur terre permettraient de réunifier les valeurs essentielles, de s’unir contre les vrais problèmes, et d’en finir avec la complaisance des chercheurs en pantoufles, qui peuvent perdre leur temps sur le web à défendre des sous alinéas, comme s’il s’agissait du cœur de la vision, ou de l’âme du paradigme. Le temps gaspillé en commentaires et polémiques, constitue un travers français, hérité de la naissance même, contre lequel tous les chercheurs ne font pas front. L’acharnement avec lequel des êtres qui ne sont même pas vraiment «éclairés» défendent leurs positions, possède quelque chose de maladif, de pathologique, puisque ce que nous pensons n’a aucune importance, il s’agit d’être, et le temps perdu en justifications personnelles est récupéré par le Mensonge, comme dirait Satprem. Si la sincérité était vraiment là, on trouverait mieux à faire que s’envoyer à la figure des projections, comme de la bave de crapaud.

Alors, il fallait quand même appuyer autant ma défense de Satprem que mes réserves «techniques» à son égard, ce qui a nécessité d’étoffer le contenu, et m’a obligé à dévoiler une partie de mon histoire personnelle.Tout d’abord je n’ai pas à décréter le politiquement correct dans l’aventure supramentale, et je veux qu’il soit bien entendu que mes « réserves» sur Satprem proviennent seulement du fait que je suis convaincu que le scribe de Mère n’a pas eu le temps de devenir parfait. En second lieu, grâce à une lecture accidentelle, mais opportune, je me suis à nouveau frotté à la question de la poésie, des défricheurs, et des explorateurs de l’esprit. Et j’ai donc tout bonnement vu mon intelligence se régaler à créer la catégorie des «inclassables»… Oui, certains se sont si éloignés de la perception ordinaire de la réalité qu’il serait absolument présomptueux de les localiser. Je respecte leur mystère, renonce à les enfermer où que ce soit, leur énigme me comble plus qu’elle ne me dérange, car je vois ces âmes d’explorateurs comme des feux scintillants dans les mémoires des cultures qui les rejettent ou les encensent.

Ces précurseurs admirables brisent les moules psychologiques de leur génération, de leur culture, de leur race parfois, et leur piste ne peut pas plus être décrite que suivie. Nul ne sait exactement où ils se sont rendus, et ce serait se risquer à inventer de beaux mensonges de vouloir trop en dire sur leur compte. C’est le cas de Rimbaud, d’Artaud, de Daumal, de Michaux enfin, qu’on récupère ou qu’on évite, qu’on étiquette ou qu’on oublie, puisque leur itinéraire demeure impénétrable pour qui ne s’est pas heurté, de plein fouet, au manque de l’être. Ils ont tâtonné, franchi des barrières illicites, ils ont brûlé leur vie, dans une passion pour l’être qui se dérobe, passion qui s’arc-boute sur un jugement amer concernant l’existence, en tout cas le monde humain. Ils se sont voulus des démiurges de l’inaccessible, ont chanté l’expérience pure, celle qui s’écarte des représentations toutes faites ou des discours des petits nains intérieurs que la société nous demande d’écouter. Même si l’on suppose, à juste titre, que Satprem a poussé bien plus loin l’expérience de la nudité intérieure que ces poètes de l’indicible, il partage avec eux une difficulté commune, celle d’accepter le monde tel qu’il est, il partage avec eux cette volonté de forer toujours plus loin, au-delà du déjà vu, du déjà connu, au-delà du certifié conforme, pour atteindre une nouvelle perception des choses, et en premier lieu de soi-même. C’est Rimbaud qui dit je est un autre, Michaux qui se dissèque en moi révolus qui cherchent à persister tandis que celui du moment cherche à s’imposer, ou qui se diffracte en trois personnages différents, c’est Artaud qui doute du langage, jusqu’à préférer des civilisations sans écriture, c’est Daumal et Crevel, harassés par l’imposture sociale et la religion du fric qui vient définitivement d’abolir le spirituel dans la culture européenne, qui y laissent leur peau.

Je les comprends d’autant mieux que pendant l’année de ma Khâgne, j’ai failli sauter du septième étage pour en finir avec ces simagrées, puis, tout près du but, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas me prendre assez au sérieux pour supprimer ma propre vie. Mes inclassables vivent dans mon coeur, et je ne cherche pas à leur arracher le moindre secret. J’ai eu pour ma part la chance de basculer, après cette période critique, vers un amour inconditionnel et indistinct de toutes choses, que je possédais d’ailleurs l’année précédente. Mais je suis passé par là. Alors, oui, je mets Satprem dans la même catégorie d’inclassables, ceux auxquels je ne peux pas toucher sans risquer l’erreur de jugement vaniteux, ou de l’approximation vague. Ceux dont la vie échappe à toute représentation logique, car ils sont tellement allés au bout du monde d’eux-mêmes, que les termes d’échec et de réussite n’ont plus aucun sens dans leur parcours pur. Plus aucun. Aucun indice ne prouve que la folie d’Artaud n’ait pas été salutaire à son âme, en dépit des apparences, car nul ne peut imaginer un itinéraire qui aurait été meilleur ou pire pour lui.

Respect s’il vous plaît, vis-à-vis des cathares qui nous énervent, respect pour leur engagement qui les brûle jusqu’à l’excès, avec une force centrifuge qui les marginalise, respect pour leur refus radical de toute médiocrité et de toute perversité, respect pour percer les murs contre lesquels les sans foi ni loi se heurtent, jusqu’à les admettre, les légitimer, pour finir par leur dresser des autels. Mes inclassables avaient compris que le mental transforme les prisons en dieux, pour tourner en rond la conscience tranquille, et ils ont pris le mors aux dents. Que dire de plus?

Qu’ils brillent comme des étoiles qui n’ont pas encore été nommées, et qui se cachent peut-être derrière d’autres, plus proches et plus aveuglantes. Grâce soit rendue aux explorateurs du Verbe, que les jugements salissent, que les hommages souillent, que les admirations récupèrent. Ils continueront de faire leur boulot, à notre nez et à notre barbe, le sale boulot de spéléologue, qu’on méprise au nom du divin alpinisme, de l’air pur des cimes, de la supériorité des ascensions.Rendez-vous au sommet de l’Himalaya le 14 juillet, les gars, et n’oubliez ni le champagne ni l’appareil pour la photo-souvenir !

Merci Satprem, quand j’étouffais l’hiver 77, au fond du néant, sortait ton «matérialisme divin». Je m’y suis accroché, figure-toi, c’était une boussole dans ma nuit. Rien n’empêche, le travail continue.

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Départ de Satprem
Extrait de Satprem
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