L’émergence du psychique
par Supramental Dot Com le 5, septembre , 2008 à 23:00
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Extraits des oeuvres de SRI AUROBINDO
Au commencement, l’âme dans la Nature, l’entité psychique dont l’épanouissement est le premier pas vers le changement spirituel, est une partie complètement voilée dans notre être, bien que ce soit grâce à elle que nous existons et que nous durons en tant qu’êtres individuels dans la Nature.
Les autres parties qui composent notre nature ne sont pas seulement changeantes, mais périssables, tandis que l’entité psychique en nous persiste et reste fondamentalement toujours la même.
Elle contient toutes les possibilités essentielles de notre manifestation sur la terre, mais ce ne sont pas elles qui la constituent; elle n’est pas limitée par ce qu’elle manifeste, ni contenue par les formes incomplètes de la manifestation, ni souillée par les imperfections et les impuretées, les défauts et les dépravations de l’être de surface.
C’est une flamme toujours pure de la divinité cachée dans les choses, et rien de ce qui vient à elle, rien de ce qui entre dans notre expérience ne peut polluer sa pureté ou éteindre la flamme. Cette substance spirituelle est immaculée et lumineuse, elle perçoit immédiatement, intimement, directement la vérité de l’être et la vérité de la nature; elle est profondément consciente du vrai, du bien et du beau, parce que le vrai, le bien et le beau sont proches de son propre caractère naturel, ce sont des formes de cela qui est inhérent à sa propre substance. Elle perçoit aussi tout ce qui contredit ces choses, tout ce qui s’écarte de son propre caractère natif, le mensonge et le mal, ce qui est laid et malséant; mais elle ne devient pas ces choses, elle n’est pas non plus touchée ni modifiée par ces contradictions d’elle - même qui affectent si puissamment ses instruments extérieurs, le mental, la vie et le corps. Car l’âme, l’être permanent en nous, crée et utilise le mental, la vie et le corps comme des instruments, elle subit l’enveloppement de leur condition; mais elle est autre et plus grande que ces parties.
Si dès le début, l’entité psychique avait été dévoilée à ses ministres et connue d’eux, au lieu d’être un souverain dissimulé dans une chambre secrète, l’évolution humaine aurait été un épanouissement rapide de l’âme, non ce développement difficile, mouvementé et défiguré qu’elle est maintenant; mais le voile est épais et nous ne connaissons pas la Lumière cachée en nous, la lumière dans la crypte secrète du sanctuaire le plus profond du coeur.
Des messages s’élèvent de l’âme, vers la surface de notre être , mais notre mental n’en discerne pas la source; il les prend pour ses propres activités parce-que, avant même d’arriver à la surface, elles sont revêtues de substance mentale; ainsi, ignorant leur autorité, il les suit ou ne les suit pas suivant sa tendance ou son humeur du moment .
Si le mental obéit à l’impulsion de l’égo vital, il y a peu de chance pour que l’âme dirige aucunement la nature ou y manifeste tant soit peu sa substance spirituelle secrète et son mouvement naturel; ou, si le mental est assez présomptueux pour agir selon sa propre petite lumière, s’il est attaché à son propre jugement, à sa volonté et à l’action de sa connaissance, l’âme restera également voilée et inactive , elle attendra une évolution plus avancée du mental.
Car l’élément psychique au-dedans est là pour soutenir l’évolution naturelle, et la première évolution naturelle doit être le développement successif du corps, de la vie et du mental; ceux-ci doivent donc agir chacun suivant sa propre nature ou tous ensemble dans une association mal assortie, pour croître, faire leur expérience et progresser.
L’âme rassemble l’essence de toutes nos expériences mentales, vitales, et corporelles et se les assimile pour faire avancer l’évolution de notre existence dans la Nature; mais cette action est occulte, elle ne se montre pas à la surface.
Aux premières étapes matérielles et vitales de l’évolution de l’être, il n’y a en fait aucune conscience de l’âme; il y a des activités psychiques, mais les instruments, les formes de ces activités sont vitales et physiques, ou mentales quand le mental est actif. Car même le mental ne reconnait pas leur caractère profond, tant qu’il est primitif ou que son développement reste encore par trop extérieur. Nous pouvons facilement nous considérer comme des êtres physiques ou des êtres vitaux ou des êtres mentaux qui se servent de la vie et du corps, et ignorer totalement l’existence de l’âme. Car la seule idée que nous ayons de l’âme, c’est qu’elle survit à la mort de notre corps; mais ce qu’elle est, nous ne le savons pas, et même si nous sommes parfois conscients de sa présence, nous ne sommes pas normalement conscients de sa réalité distincte, pas plus que nous ne sentons clairement son action directe dans notre nature.
A mesure que se poursuit l’évolution, la Nature fait lentement des essais pour manifester les parties occultes de notre être; elle nous amène à regarder de plus en plus en nous-mêmes, ou elle se met à lancer à la surface, depuis ces parties occultes, des messages et des formations plus clairement reconnaissables.
L ‘âme en nous, le principe psychique, a déjà commencé à prendre secrètement forme; elle crée et développe une personnalité psychique, un être psychique distinct pour la représenter .
Cet être psychique reste encore derrière le voile dans la partie subliminale de notre être, comme le mental vrai, le vital vrai, ou comme l’être physique vrai ou subtil; mais comme eux, il agit sur la vie de surface par les influences et les indications qu’il fait jaillir jusque-là.
Celles-ci viennent s’adjoindre à l’agrégat de surface qui est le produit de l’agglomération des influences et des jaillissements intérieurs; c’est cette formation ou superstructure visible que généralement nous sentons et croyons être nous-même.
Sur cette surface ignorante nous percevons vaguement quelque chose que l’on peut appeler une âme et qui est distinct du mental, de la vie et du corps, et cette âme nous la sentons non seulement comme l’idée mentale ou le vague instinct que nous avons de nous-même, mais comme une influence perceptible dans notre vie, notre caractère et notre action. Une certaine sensibilité pour tout ce qui est vrai, bon et beau, raffiné, pur et noble, une réceptivité à ces choses, un besoin de ces choses, une pression sur le mental et la vie pour qu’ils les acceptent et les formulent dans nos pensées, nos sentiments, notre conduite, notre caractère, tels sont les signes les plus habituellement reconnus ( bien qu’ils ne soient pas les seuls ), les signes les plus généraux et les plus caractéristiques de l’influence de la psyché.
De l’homme qui n’a pas cet élément en lui ou qui ne répond pas du tout à ces incitations, nous disons qu’il n’a pas d’âme. Car c’est cette influence que nous pouvons le plus aisément reconnaître comme la partie subtile ou même divine en nous, et la plus puissante aussi pour orienter lentement notre nature vers quelque perfection.
Mais cette influence ou cette action psychique ne vient pas tout à fait pure à la surface, ou elle ne demeure pas distincte dans sa pureté; sinon nous serions capables de distinguer clairement ce qu’est l’âme en nous et de suivre consciemment et pleinement sa voix. Une action occulte du mental du vital, et du physique subtil intervient, se mélange à cette voix, essaie de s’en servir et de la modifier à ses propres fins, rapetisse sa divinité, déforme ou diminue son expression, la fait même dévier et trébucher, ou la salit avec les impuretés, les petitesses et les erreurs du mental, de la vie et du corps. Après avoir atteint la surface, ainsi altérée et amoindrie, l’influence psychique est saisie par la nature superficielle qui la reçoit de façon obscure et lui donne une forme ignorante, et de ce fait il y a ou peut y avoir une déviation ou un mélange encore plus prononcé. Une fausse direction est prise, une déformation se produit, une application fausse, une formation fausse, un résultat erroné de ce qui, en soi, est action pure et substance pure de notre être spirituel.
Ainsi se forme une conscience qui est un mélange de l’influence et des indications psychiques, pêle-mêle avec des idées et des opinions mentales, des désirs et des impulsions vitales, et les tendances habituelles du physique.
A l’influence psychique obscurcie viennent se combiner également les efforts ignorants, quoique bien intentionnés, des parties extérieures de l’être qui aspirent à une direction plus haute; une idéation mentale d’ un caractère très mélangé, souvent obscure même dans son idéalisme, parfois même commettant des erreurs désastreuses, la ferveur et la passion de l’être émotif qui vient jeter l’écume de ses émotions, de ses sentiments et de sa sentimentalité, l’enthousiasme dynamique de l’être vital, les réactions avides du physique, les frémissements et les excitations des nerfs et du corps, toutes ces influences se fondent dans un ensemble complexe que l’on prend souvent pour l’âme, et l’on confond cette action mélangée et confuse avec le souffle de l’âme, avec le développement ou l’action du psychique, ou avec une influence intérieure réelle.
L’entité psychique elle-même est libre de toute souillure et de tout mélange, mais ce qui vient en surface n’est pas protégé par la même immunité; c’est pourquoi cette confusion devient possible.
En outre, l’être psychique, la personnalité psychique en nous, n’émerge pas d’un seul coup dans toute sa splendeur et sa lumière; elle évolue, passe par un lent développement et une lente formation. La forme de son être peut tout d’abord être indistincte, puis longtemps demeurer faible et embryonnaire, non pas impure mais imparfaite; car sa formation et sa croissance dynamique s’appuient sur le pouvoir de l’âme qui, malgré la résistance de l’ignorance et de l’inconscience, s’est effectivement poussé à la surface, avec plus ou moins de succès, au cours de l’évolution.
Son apparition est le signe que l’âme émerge dans la Nature, et si cette émergence est encore petite et imparfaite, la personnalité psychique aussi sera chétive ou faible. Elle est en outre séparée de sa réalité intérieure du fait de l’obscurité de notre conscience, et elle ne communique qu’imparfaitement avec sa propre source dans les profondeurs de l’être. En effet, la route est encore mal frayée, elle s’obstrue facilement, les fils sont souvent coupés ou encombrés de communications d’un autre genre et qui proviennent d’une autre origine; ainsi la personnalité psychique ne peut transmettre qu’imparfaitement ce qu’elle reçoit aux instruments extérieurs.
Dans la pauvreté de ses moyens elle doit, pour la plupart des choses, s’en remettre à ses instruments et c’est sur leur données qu’elle s’appuie et prend son élan pour s’exprimer et agir, et non sur la seule et infaillible perception de l’entité psychique. Dans ces conditions, elle ne peut éviter que la vraie lumière ne soit amoindrie ou déformée en passant par le mental et se réduise à une simple idée ou opinion, que le sentiment psychique dans le coeur se transforme en une émotion faillible ou en simple sentimentalité et que, dans les parties vitales, la volonté d’agir psychique se change en enthousiasme vital aveugle ou en excitation fiévreuse.
La personnalité psychique est bien forcée d’accepter ces déformations, faute de mieux, et elle essaie de se réaliser à travers elles. Car cela fait partie du travail de l’âme d’influencer le mental, le coeur et l’être vital, et d’orienter leurs idées, leurs sentiments, leurs enthousiasmes, leurs dynamisme vers ce qui est divin et lumineux; mais ceci ne peut se faire qu’imparfaitement au début, avec des lenteurs et des mélanges. A mesure que la personnalité psychique grandit en force, elle communie plus étroitement avec l’entité psychique qui est derrière, et elle améliore ses communications avec la surface. Elle peut transmettre ses messages au mental, au coeur et à la vie avec une pureté et une force plus grandes, car elle est davantage capable d’exercer un contrôle solide et de réagir contre les falsifications.
Dès lors, elle se fait sentir de plus en plus distinctement comme un pouvoir dans notre nature. Mais même ainsi, cette évolution serait encore lente et longue, si elle était laissée à la seule action automatique et laborieuse de l’Energie évolutive. C’est seulement quand l’homme s’éveille à la connaissance de l’âme et qu’il sent le besoin de l’emmener à la surface et d’en faire la maîtresse de sa vie et de son action, qu’une méthode d’évolution consciente et plus rapide intervient et qu’une transformation psychique devient possible .
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