Foi et Shakti
par Supramental Dot Com le 26, juillet , 2007 à 22:29
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Une shraddhâ constante, une foi, un consentement constants du coeur et de la vie sont également indispensables. Mais tant que nous sommes dans la nature inférieure, le consentement du coeur est teinté d’émotions mentales, et les mouvements de la vie s’accompagnent d’un sillage de désirs troublants et de tensions ; or, les émotions mentales et le désir amènent la confusion, ils altèrent plus ou moins grossièrement ou subtilement la vérité et la déforment, et, toujours, ils apportent quelque limitation ou imperfection dans la réalisation que le coeur et la vie peuvent avoir de la vérité. Le coeur aussi, quand il est dérangé dans ses attachements et ses certitudes, troublé par des déconvenues ou des échecs, convaincu d’erreur, ou lorsqu’il s’est engagé dans la lutte qui l’enjoint à dépasser ses positions assurées, il a ses traînardises, ses lassitudes, ses chagrins, ses révoltes, ses résistances qui entravent le progrès. Il doit apprendre à avoir une foi plus large et plus sûre et, au lieu de répondre par des réactions mentales, donner une acceptation spirituelle calme ou vibrante aux manières et aux mesures de la Shakti - une acceptation qui, en fait, est l’assentiment d’un Ananda de plus en plus profond à tous les mouvements nécessaires, un empressement à quitter les vieilles amarres pour avancer toujours plus loin vers la félicité d’une perfection supérieure. Le mental-vital doit donner son assentiment aux impulsions, aux activités et aux mobiles successifs de la vie qui lui sont imposés par le pouvoir-guide comme des aides ou des terrains de développement de la nature ; il doit donner son assentiment aussi aux mouvements successifs du yoga intérieur, mais il ne doit avoir nul attachement et ne demander nulle part de halte ; toujours, il doit être prêt à quitter les vieilles urgences et à accepter, avec le même assentiment complet, des activités et des mouvements nouveaux plus élevés ; et il doit apprendre à remplacer le désir par un vaste Ananda clair dans toutes les expériences et dans toutes les actions. Comme la foi de l’intelligence, la foi du coeur et la foi du mental-vital doivent être capables de se rectifier, s’élargir et se transformer constamment.
Essentiellement, cette foi est la shraddhâ secrète de l’âme ; elle émerge de plus en plus à la surface et s’affermit, s’entretient, s’accroît avec la solidité et la certitude grandissantes de l’expérience spirituelle. Ici aussi, cette foi en nous doit être sans attachement ; elle doit se mettre à la disposition de la Vérité et être prête à changer, à élargir sa compréhension des expériences spirituelles, à corriger les idées erronées ou à demi vraies qu’elle pouvait avoir et à recevoir des interprétations plus illuminatrices, à remplacer les intuitions insuffisantes par des intuitions plus suffisantes et à refondre en des combinaisons plus satisfaisantes des expériences qui, sur le moment, avaient semblé définitives et satisfaisantes, en les combinant d’une façon plus satisfaisante à des expériences nouvelles, des largeurs et des transcendances plus vastes. Dans le domaine psychique surtout et les autres domaines intermédiaires, les possibilités d’erreurs fourvoyantes et souvent captivantes sont considérables ; c’est ici que même une certaine somme de scepticisme positif a son utilité, et, en tout cas, une grande précaution et une rectitude intellectuelle scrupuleuse, mais non le scepticisme du mental ordinaire qui équivaut à une négation paralysante. Dans le yoga intégral, les expériences psychiques (surtout celles qui s’associent à ce qu’on appelle souvent “occultisme” et qui tiennent du miraculeux) doivent être complètement subordonnées à la vérité spirituelle et s’en remettre à elle pour être interprétées, illuminées, autorisées.
Mais même dans le domaine purement spirituel, il existe des expériences partielles et, bien qu’attrayantes, elles n’acquièrent leur validité et leur signification complètes ou leur application correcte que quand nous parvenons à une expérience plus totale. Et il existe d’autres expériences, qui en elles-mêmes sont tout à fait valables, complètes, absolues, mais qui, si nous nous y enfermons, empêchent d’autres aspects de la vérité spirituelle de se manifester et, ainsi, tronquent l’intégralité du yoga. Par exemple, la profonde quiétude absorbante de la paix impersonnelle qui survient avec l’immobilisation du mental est une expérience complète et absolue en soi, mais si nous en restons là, elle fermera la porte à son compagnon absolu (non moins grand, non moins nécessaire, non moins vrai) de la béatitude de l’action divine. Ici aussi, notre foi doit être un acquiescement à recevoir toutes les expériences spirituelles, mais avec une large ouverture, un empressement à vouloir toujours plus de lumière et de vérité, une absence de tout attachement limitateur et sans jamais s’accrocher aux formes qui pourraient entraver la marche en avant de la Shakti vers l’intégralité de l’être, de la conscience, de la connaissance, de l’action et du pouvoir spirituels et vers la totalité de l’Ananda unique et innombrable.
La foi que l’on demande de nous, non seulement dans son principe général mais dans son application constante et détaillée, équivaut à un vaste assentiment, toujours plus grand, toujours plus pur, plus complet, plus fort, de l’être tout entier et de toutes ses parties à la présence et à la direction de Dieu et de la Shakti. Mais la foi en la Shakti, tant que nous ne sommes pas conscients de sa présence et remplis par elle, doit nécessairement être précédée, ou du moins accompagnée, d’une solide foi virile en notre propre volonté et en notre propre énergie spirituelle, en notre propre pouvoir d’avancer victorieusement vers l’unité, vers la liberté et la perfection. La foi de l’homme en lui-même, en ses idées, ses pouvoirs, lui est donnée afin qu’il puisse oeuvrer et créer, s’élever à des hauteurs plus grandes, et finalement, au bout du chemin, apporter sa force comme une noble offrande sur l’autel de l’Esprit. Cet esprit ne sera pas conquis par le faible, dit l’Écriture, nâyam âtrnâ balahînéna labhyah. Chaque manque de confiance en soi paralysant doit être repoussé, chaque doute en notre pouvoir d’accomplir, car c’est un faux acquiescement à l’impuissance, c’est une imagination de faiblesse et une négation de la toute-puissance de l’esprit. Une incapacité actuelle, si lourde semble son poids, est seulement une épreuve de la foi et une difficulté temporaire ; céder à un sentiment d’incapacité est un non-sens pour le chercheur du yoga intégral, puisque son but est le développement d’une perfection qui est déjà là, latente en son être - car l’homme porte en lui-même, dans son propre esprit, la semence de la vie divine, et, par conséquent, la possibilité de succès est contenue et impliquée dans l’effort même, et la victoire assurée parce que, derrière, se trouvent l’appel et la direction d’un pouvoir omnipotent. Mais en même temps, cette foi en nous-mêmes doit être purifiée de toute trace d’égoïsme râdjasique et de tout orgueil spirituel. Le sâdhak doit se rappeler, autant que possible, que sa force n’est pas la sienne au sens égoïste, mais celle de la Shakti divine universelle, et que tout égoïsme dans l’usage qu’il fait de la Shakti est nécessairement une cause de limitation et finalement un obstacle. Le pouvoir de la Shakti divine universelle derrière notre aspiration est illimité, et, si nous y faisons appel comme il faut, il ne peut manquer de se déverser en nous et de faire disparaître toute incapacité et tout obstacle, tôt ou tard ; car, bien que le temps et la durée de nos luttes dépendent au début (comme un instrument et partiellement) de la force de notre foi et de notre effort, ils sont pourtant, en fin de compte, entre les mains de la sage détermination de l’Esprit secret qui seul est le Maître du yoga : l’Îshwara.
La foi en la Shakti divine doit être toujours l’appui secret de notre force, et quand Elle se manifeste, cette foi doit être sans réserve et devenir complète. Rien ne lui est impossible, car Elle est le Pouvoir conscient, la Divinité universelle qui crée toute chose de toute éternité : Elle est armée de l’omnipotence de l’Esprit. Toute connaissance, toute force, tous les triomphes et les victoires, toutes les habiletés et les oeuvres sont entre ses mains, et ses mains sont pleines des trésors de l’Esprit, emplies de toutes les perfections, toutes les siddhi. Elle est Mahéshwarî, la déesse de la connaissance suprême, et Elle nous apporte sa vision de toutes les sortes de vérité, les immensités de la vérité, la rectitude de sa volonté spirituelle, le calme et la passion de son ampleur supramentale, la félicité de son illumination ; Elle est Mahâkâlî, la déesse de la force suprême : avec Elle, se trouvent toutes les puissances, toutes les vigueurs spirituelles, les austérités des plus sévères tapas et la rapidité dans la bataille, la victoire et le rire (attahâsya,) qui se fait un jeu de la défaite, de 1a mort et des pouvoirs de l’ignorance ; Elle est Mahâlakshmî, la déesse de l’amour et de la félicité suprêmes : ses dons sont la grâce de l’esprit, le charme et la beauté de l’Ananda, la protection et toutes les bénédictions divines et humaines ; Elle est Mahâsaraswatî, la déesse de l’habileté divine et des oeuvres de l’Esprit : avec Elle, est le yoga qui est l’habileté dans les oeuvres, yogah karmasou kaushalam, les utilités pratiques de la connaissance divine, l’application de l’esprit à la vie et le bonheur des harmonies spirituelles. Et en chacun de ses pouvoirs, chacune de ses formes, Elle recèle le sens suprême des maîtrises de l’Ishwarî éternelle, l’aptitude rapide et divine aux activités de toutes sortes que l’instrument peut être appelé à entreprendre, l’unité, la sympathie qui partage, la libre identité avec toutes les énergies dans tous les êtres et, par suite, l’harmonie spontanée, fructueuse, avec la volonté divine dans l’univers. Le sentiment intime de sa présence et de ses pouvoirs, l’heureux acquiescement de tout l’être à ses oeuvres en nous et autour de nous, telle est l’ultime perfection de la foi en la Shakti.
Mais, derrière Elle, se trouve l’Îshwara ; or, la foi en l’Îshwara est l’élément le plus central de la shraddhâ du yoga intégral. Nous devons avoir cette foi (une foi qu’il faut pousser à la perfection) que toutes choses sont l’oeuvre d’une connaissance et d’une sagesse suprêmes dans les conditions de l’univers, que rien de ce qui se fait en nous ou autour de nous n’est en vain et sans sa place assignée ou son sens juste, que tout est possible quand l’Îshwara, notre Moi et Esprit suprême, entreprend l’action, et que tout ce qui a été fait avant et tout ce qu’il fera dans l’avenir faisait partie et fera partie de sa direction prévoyante, infaillible, et visait à la fructification de notre yoga, de notre perfection et du travail de notre vie. Plus la connaissance supérieure s’ouvrira, plus cette foi se trouvera justifiée ; nous commencerons à voir les grandes et petites significations qui avaient échappé à notre mentalité limitée : la foi se changera en connaissance. Alors, sans aucun doute possible, nous verrons que tout ce qui arrive fait partie de l’oeuvre de l’unique volonté, et que cette volonté était aussi une sagesse, car elle façonne sans cesse la marche exacte du moi et de la nature dans la vie. L’état suprême de l’acquiescement, la shraddhâ de l’être sera parfaite, quand nous sentirons la présence de l’Îshwara, percevrons que toute notre existence, toute notre conscience, notre pensée, notre volonté, notre action, sont entre ses mains et qu’en toutes choses nous consentirons avec toutes les parties de notre être et de notre nature à la volonté directe et immanente de l’Esprit qui nous habite. Cette perfection suprême de la shraddhâ sera aussi la porte d’entrée et le fondement parfait de l’énergie divine : quand la shraddhâ sera complète, elle sera la base de la croissance, de la manifestation et des oeuvres de la lumineuse Shakti supramentale
Le Yoga de la Perfection de soi
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